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Marignan, 13 et 14 septembre 1515

Les troupes françaises et leurs alliées vénitiennes s’installent dans cette petite localité à 16 km au sud de Milan et aménagent défensivement le terrain. Ils savent que les Suisses vont venir les attaquer, aussi le terrain se prête-t-il à la défense : une butte que les Français fortifient en dressant des palissades et des remblais pour abriter une nombreuse artillerie. Cette artillerie formidable est bien approvisionnée et servie par un personnel bien entrainé. Les fantassins sont constitués d’une part de mercenaires allemands : les fameux Lansquenets, et d’autre part par des Gascons et quelques Vénitiens. A côté de cette force plutôt peu mobile, il y a la fameuse Gendarmerie française constituée par une chevalerie armurée et caparaçonnée. Elle est puissante mais les Suisses sont armés de la longue pique qui maintient à distance la cavalerie et lamine l’infanterie.

Le décor est planté ; les Suisses arrivent sur le champ de bataille le 13 septembre en trois phalanges : l’avant-garde légèrement décalée face à la gauche française précède l’énorme phalange centrale qui, elle, fait face au centre français retranché. La troisième phalange à l’arrière droit du dispositif suisse aura peu d’influence car progressera de façon erratique sur le champ de bataille. Ces trois masses de piquiers sont précédées par des nuées de tirailleurs armés qui d’une arquebuse, qui d’une arbalète. Ils ont une petite cavalerie alliée et une maigre artillerie dont le rôle dans la bataille sera nul.

Marignan
1515

Cartes des opérations

13 septembre 1515

Le terrain que les Suisses doivent parcourir pour atteindre les Franco-Vénitiens retranchés est plat mais entrecoupé de nombreux ruisseaux que l’on peut traverser à pied, mais qu’une formation de piquiers a du mal à franchir sans se désunir si elle va vite. La tactique des Suisses était justement de se jeter sur l’ennemi rapidement, ce qui ici n’a pu se réaliser. La tactique des Français était donc de ralentir le plus possible ces trois « Tours » pour les écraser sous les tirs d’artillerie. Le terrain était en faveur des Français, et de plus, la Gendarmerie menée par François 1er devait mener des charges de flanc dans ces phalanges pour les arrêter. L’artillerie reprenait son tir pendant que les phalanges se reformaient et que la cavalerie se regroupait dans les interstices aménagés des troupes retranchées. Les flancs des trois phalanges étaient en principe protégés par des Hallebardiers. Inutile de préciser que l’artillerie traçait des sillons sanglants dans ces blocs de fantassins immobilisés… qui repartaient à chaque fois moins nombreux, alors que les Français se repliaient devant eux jusqu’à leurs positions préparées à l’avance !

La première journée se passa comme cela, sans que les Suisses ne parviennent à entamer les retranchements français, pendant que pleuvaient sur eux du métal et du plomb. Les Suisses s’arrêtèrent alors pour bivouaquer à quelques dizaines de mètres des lignes françaises afin de remettre ça et d’en finir le lendemain. En silence, les Français rechargèrent leurs pièces d’artillerie alors que la nuit était tombée et que seuls les feux de bivouac des Suisses indiquaient leur présence. Au même signal, une première salve d’artillerie à mitraille puis une seconde firent comprendre aux Suisses survivants qu’il convenait de s’éloigner un peu pour essayer de survivre à la nuit…

Marignan

14 septembre 1515

Le lendemain 14 septembre, les solides Montagnards suisses restants se remirent en formation aidés en cela par le ralliement de la troisième phalange qui constituait l’arrière garde encore relativement épargnée. Les Français leur resservirent la tactique de la veille. Les chocs entre piquiers suisses et Lansquenets s’usèrent mutuellement. Les pertes de la veille, l’impossibilité de s’emparer des retranchements et l’arrivée de la cavalerie vénitienne toute fraiche furent les derniers clous dans le cercueil des Suisses. La redoutable et jusque-là quasi invaincue infanterie suisse recula et lâcha pied. Les cors et tambours donnèrent le signal de la retraite pour les troupes restantes. Les chiffres des pertes varient selon les sources comme d’habitude mais se situent entre 50% et 70%. Malheur aux vaincus ! Il y avait une ancienne et féroce haine entre Suisses et Lansquenets (surement depuis Guillaume Tell…) et la guerre montra son plus mauvais aspect au cours de la retraite des Suisses, dont les blessés retardataires, ainsi que leurs accompagnants, furent massacrés dans des scènes d’une barbarie sans nom qui auraient écœuré Henri Dunant.

On comprend mieux qu’après de telles pertes dans de telles conditions, les Suisses signèrent une paix perpétuelle avec le Roi de France. Ils auraient signé n’importe quoi ! Cette victoire eut un retentissement presque magique en « Europe » : les Suisses battus ! Incroyable…

article : Jean-Jacques Hoffmann

Marignan

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